Conakry, le 10 décembre 2024. Nous sommes à Dabondy Marché, situé dans la commune de Matam. Ici, les ateliers de menuiserie et de tapisserie, autrefois bondés de clients satisfaits, se comptent aujourd’hui sur les doigts de la main, laissant place à un désespoir. Ousmane Touré, maître tapissier, entouré de ses outils de travail et des fauteuils confectionnés qui témoignent de son talent et de son dévouement à ce métier, se baigne dans l’inquiétude, surtout en ce qui concerne la manière dont il va pouvoir maintenir son atelier ouvert dans cette conjoncture.
<< Nous avons appris ce métier pour pouvoir nourrir nos familles. Premièrement, si le prix du bois est amélioré, le prix des meubles peut être abordable pour les clients. Les matériaux sont chers, et les Guinéens préfèrent acheter des meubles importés, même s’ils ne sont pas garantis ou s’ils sont déjà utilisés. C’est un aspect qui nous fatigue vraiment dans l’achat des meubles fabriqués en Guinée, ici >>, se lamente-t-il.

À quelques mètres, un autre atelier de menuiserie avec son propriétaire. Lui, c’est Maître Harouna Camara. Son atelier, autrefois bruyant, est étrangement calme. Les meubles confectionnés sont placés un peu partout à la devanture, mais aucun client ne sort de l’argent après avoir demandé le prix de ces objets d’art.
« Ce qui nous fatigue ici, c’est le manque de clientèle. Les gens viennent demander les prix, mais ils n’achètent pas. Cela peut faire jusqu’à deux ou trois semaines que nous n’attirons pas de clients. Pourtant, le bois que nous utilisons pour fabriquer ces meubles est de qualité et très beau. Ces meubles peuvent bénéficier d’une garantie de 3 à 4 ans, sauf si tu souhaites les changer. » exprime ce maître menuisier.

Entre la rareté de la clientèle et la cherté du bois en Guinée, ces artisans pensent que la solution se trouve entre les mains de l’État.
<< Nous demandons à l’Etat guinneen de limiter l’importation de ces meubles qui viennent de plusieurs Pays européens. Pour que les ouvriers qui sont ici soient bien reconnus pour leurs talents de réactivité, il faut que nos autorités aient confiance et valorisent les ouvriers locaux, car nous avons appris ce métier pour servir notre pays, avoir de la visibilité et vivre de ça >>, ont t-ils lancé.
Malgré les difficultés, ces tapissiers et Menuisiers refusent d’abandonner, convaincus que l’artisanat a encore de beaux jours devant eux.
Nana CAMARA







